Expérience d’ergothérapie en EHPAD

 

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17 OCTOBRE 2010

 

Témoignage partagé

Après 18 ans d’expérience en centre de réadaptation fonctionnelle auprès de personnes âgées et 5 ans de travail en ehpad en tant qu’ergothérapeute, j’aimerais vous faire vivre la passion que j’ai pour ce métier en vous le définissant tel que je le vis.pastedGraphic_4.tiff

On nous définit comme des professionnels de l’autonomie, mais c’est quoi exactement être autonome ? Souvent l’autonomie est réduite aux besoins primaires : dormir, manger, faire sa toilette et se déplacer. Qui d’entre nous vivrait ainsi ? Les parisiens résument cette vie la en l’exprimant “métro, boulot, dodo” et bien souvent la dépression les guette. Alors que manque t-il ? Pour qu’une voiture fonctionne il ne suffit pas d’un moteur, et de carburant. Il faut la petite étincelle qui fait démarrer. Cette étincelle c’est le plaisir. C’est sur ce principe que l’ergothérapie se fonde, et nous allons voir ensemble comment cette notion peut-être le moteur de notre travail en EHPAD. 

Pour que le plaisir perdure plusieurs éléments sont à prendre en compte :

- la notion d’utilité : se sentir utile, alors que l’on est âgé, que son entourage familial et social disparaît, que l’activité professionnelle a cessé, que les besoins primaires ne peuvent plus être assumés seul, que l’on se sent une charge  pour la famille et la société. L’ ergothérapie va déployer tout une batterie d’outils pour préserver cette notion essentielle à la vie. Apprendre dans un premier temps à accepter son handicap, son âge, ses difficultés, sa dépendance dans les activités de la vie quotidienne : toilette, habillage, repas, loisirs... grâce à un travail d’écoute et de revalorisation. Si l’on veut que la personne âgée ‘donne” pour se sentir utile il faut lui donner. C’est le principe de la batterie, sans elle la voiture ne peut pas fonctionner, et pour que cette batterie puisse faire l’étincelle de la vie il faut qu’elle soit rechargée. L’ergothérapeute ne peut pas travailler seule sur cette notion, elle a besoin de toute une équipe. A titre d’exemple, les a.m.p., les aides soignantes lui signalent les difficultés car elles sont les plus proches de nos résidants dans l’accomplissement des besoins primaires, et dans l’écoute de leurs difficultés. L’ergothérapeute agit alors sur ces difficultés en proposant des aides techniques simples, des aménagements lorsqu’ils sont possibles, ou tout simplement un travail de revalorisation par des interventions ponctuelles. Les repas thérapeutiques permettent de travailler tous ces éléments : bien être, revalorisation, autonomie, aides techniques, rôle social (aider d’autres résidants plus handicapés, aider dans le service....) et lorsque nous aurons une cuisine thérapeutique : partager ses expériences culinaires, donner et recevoir... se faire plaisir en goûtant pleins de bons petits plats comme à la maison !

- la notion d’activité : être actif sur sa propre vie, se prendre en main, alors que l’on souffre d’arthrose, ou de maladie d’Alzheimer, ou d’autres handicaps qui vous entravent dans les loisirs, qui font que l’on a cessé de”faire” : c’est l’objectif essentiel des ateliers thérapeutiques que développe l’ergothérapie répondant, ainsi au projet de vie de chaque résidant et  tout en faisant attention de ne pas projeter notre propre angoisse de ne rien faire. Chaque résidant à le droit et le devoir de ne rien faire, ou de faire à son propre rythme; Il faut éviter de tomber dans l’activisme qui irait alors  à l’encontre de l’autonomie. Là encore l’ergothérapeute a besoin d’une équipe à ses côtés. A titre d’exemple la psychologue, la psychomotricienne vont lui signaler des difficultés sur le plan cognitif, psychologique ou sur le plan du schéma corporel...... La diversité des ateliers thérapeutiques proposés vont permettre de maintenir les capacités restantes, voire de retrouver des gestes, des plaisirs (danse, pratique instrumentale, découverte d’une activité rêvée et non accomplie ....). Les ateliers thérapeutiques proposés à ce jour sont : percussions qui permettent d’exprimer ses ressentis, de se sentir bien dans son corps, de retrouver son propre rythme...., le tai chi chuan qui rentre dans le cadre de la prévention des chutes tout en apportant détente et expression corporelle....., la musique classique qui répond à un petit groupe demandeur, et qui entre autres permet d’exprimer ses ressentis et d’apporter de la détente...... les danses folkloriques qui entrent dans le cadre de la prévention des chutes...., la peinture sur soie qui permet un autre type d’expression non verbale et qui maintient le graphisme...., les jeux adaptés qui permettent un travail global du membre supérieur sur le plan moteur et sensitif. Le jardin thérapeutique qui sera animé par des a.m.p. et aides soignants volontaires, et qui répondra au plaisir de partager, au  plaisir de retrouver et de maintenir une activité qui passionnait...... le tout sans oublier le plaisir qui fait de ses ateliers, la vie. 

- la notion de confort : impossible de prendre du plaisir dans la souffrance, inconcevable de vivre une fin de vie dans la souffrance. L’ergothérapie tente par des aides au positionnement et en équipe avec les infirmières et les aides soignantes, de procurer un   maximum de confort à nos résidants dans les limites de ses possibilités et de ses compétences. 

- la notion d’environnement : les barrières architecturales, la signalétique, l’aménagement, l’éclairage,.... peuvent devenir un véritable poison pour les personnes âgées, et les entraîner dans une dépendance irrémédiable. L’ergothérapie par ses connaissances de l'handicap et des normes architecturales agit sur l’environnement quand cela est possible, car elle se trouve bien souvent confrontée elle même à des barrières architecturales ou autres..... Développée dans le retour et le maintien à domicile des personnes âgées elle reste trop limitée dans les structures d'accueil.

Pour conclure,

l’ergothérapie c’est tout simplement la vie, ce sont ces petits riens qui font la vie au quotidien !

Sylvie Blondel

Ergothérapeute